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Son carnet de lecture

Son carnet de lecture

Laura BARNETT
Quoi qu'il arrive
[9782253070849]
Lu
Karine Lambert
Eh bien dansons maintenant !
[9782253069881]
Lu
Jill Alexander Essbaum
Femme au foyer
[9782253070665]
Lu
Lorraine Fouchet
Entre ciel et Lou
[9782253069973]
Lu
Marc Trévidic
Ahlam
[9782253069447]
Lu
Benjamin Wood
Le Complexe d'Eden Bellwether
[9782253087229]
Lu
Anthony Doerr
Toute la lumière que nous ne pouvons voir
[9782253045281]
Lu
Ivan Calberac
Venise n'est pas en Italie
[9782253068938]
A lire
Kathryn Hughes
Il était une lettre
[9782253069713]
Lu
Gautier Battistella
Un jeune homme prometteur
[9782253069225]
Lu
Stefan Zweig
Le Joueur d'échecs (nouvelle traduction)
[9782253174073]
Lu
Stefan Zweig
Amok
[9782253057543]
Lu

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Ses avis

Ses avis

A 45 ans, Sylvie Chabert est toujours seule. Après le décès de son père, encore plus seule, désespérée, elle n’a qu’un projet : se suicider. Elle va donc préparer son acte avec l'aide d'un psy(?!). Evidemment, la vie réserve des surprises. Des réflexions qui peuvent donner le sourire si elles n’étaient pas entrecroisées de propos triviaux abaissant tout de suite le niveau… Je n’éloigne pas les histoires futiles, mais dans ce cas, j’aime que l’écriture ait un minimum de corps.
La fin de l’année 1944 est marquée par la contre-offensive des troupes allemandes dans les Ardennes belges. Pour mener à bien ses objectifs, le Führer désigne Skorzeny, l’homme qui vient de libérer Mussolini pour conduire « l’opération Greif ». Celle-ci consiste à créer de nombreuses petites troupes clairsemées, empruntant vêtements et véhicules à l’armée américaine et s’exprimant en anglais. Les informations sont tronquées, la machine fonctionne. De nombreux massacres de civils et de soldats américains sont perpétrés, la population des campagnes est terrorisée. C’est dans ce cadre que Renée, petite fille dont les parents juifs ont disparu, est accueillie à sa sortie d’un institut dans une famille en rase campagne, puis remise au curé de la paroisse qui préfère la protéger en la confiant aux soins de deux soldats américains… en réalité deux allemands infiltrés dans les troupes américaines qui s’apprêtent à exécuter leur proie. Un instinct que l’on ne s’explique pas va modifier le cours des choses et la vie de Renée sera sauve, grâce à Mathias, l’un des deux bourreaux. Commence alors une longue et forte histoire sentimentale, véritable colonne vertébrale du roman dont une ferme constitue le lieu principal de l’épopée d’une famille paysanne abritant avec méfiance, angoisse et risques, des soldats américains ou autres errants. Le sujet, tant de fois évoqué et repris en littérature et au cinéma, ne cesse d’inspirer, et si c’est ainsi que la mémoire se perpétue, tant mieux ! Emmanuelle Pirotte a choisi de mettre l’accent sur la relation entre un soldat SS et une enfant juive ; lui pourrait être le loup, elle l’agneau. Autour de ce plan principal, d’autres scènes s’invitent, peu sont sereines, la plupart sont d’une grande violence. L’écriture est simple, le style sans artifice, mais l’histoire souffre parfois d’incrédulité. Toutefois, en se plaçant dans le contexte romanesque, et en reconnaissant que cette période a été le théâtre de situations étonnantes et complexes, je retiendrai surtout la façon dont l’auteur exprime les peurs, l’angoisse ambiante, et par-dessus tout, dont elle dresse le portrait des deux principaux protagonistes, Mathias et Renée. Là encore, peut-on croire qu’un enfant ayant vécu de tels drames puisse, non seulement se relever, mais s’ériger en une Jeanne d’Arc pour défendre sans état d’âme son royaume le plus précieux, sa relation avec Mathias? C’est un roman.
Mon choix final a été difficile pour plusieurs raisons. Il m’a fallu élaborer une stratégie qui prenne en compte pour chaque roman ses qualités littéraires (écriture, style), l’originalité de l’histoire et sa construction, mes sentiments à la fin de la lecture, et enfin, ce qui fait encore aujourd’hui la différence entre les quatre que j’avais placés en compétition. Je souhaite préciser que j’ai fait fi de tout « a priori » relatif au statut de l’auteur (écrivain confirmé ou autre profession), comme à celui du roman (premier roman, roman adapté au cinéma…). Mon choix se porte sur un « roman document ». Romance et fanatisme : une antinomie ? Pas pour Marc Trévidic ! J’ai été séduite par l’élégance de la mise en scène quasi théâtrale dans laquelle l’art et la culture, la douceur et la légèreté, l’humanité et la tolérance, la poésie, font face à l’obscurantisme. Fallait-il être juge antiterroriste et donc homme d’expérience pour construire un roman dans lequel une force vicieuse s’insinue dans la beauté de la vie ? Peu importe, mais je pense qu’il faut être talentueux pour parler aussi subtilement et avec autant de sensibilité des arcanes du fanatisme religieux, par le biais d’un « roman/document ». Je souhaite que « le Prix des Lecteurs du Livre de Poche » permette à de nombreuses personnes de suivre Paul Arrezzo en Tunisie, dans son odyssée artistique en compagnie d’Issam et Ahlam, en se laissant porter par l’écriture de Marc Trévidic qui traduit mieux que personne comment s’insère le vers dans le fruit.
En 1959, Paul Collier, militaire, est muté au nord de l’Utah, à Idaho Falls. Il occupera un poste d’opérateur sur le réacteur CR-1 dont le fonctionnement lui sembla d’entrée préoccupant. Mais il s’était vite rendu compte que ce sujet était tabou et que les quelques remarques distillées à son chef à ce propos avaient créé entre eux un climat tendu. Son épouse Nat entourée de leurs deux filles, installait leur nouvelle vie dans cette petite maison au cœur d’une région froide et inconnue. Nat essayait de s’approprier ce nouvel endroit en ressentant toutefois une grande solitude, consécutive à ce nouveau déménagement. Ce n’est pas la soirée organisée chez le chef de Paul qui l’avait réellement mise à l’aise… Dès le début, les deux éléments principaux du roman sont annoncés : l’époque pionière du nucléaire aux Etats-Unis avec le développement d’une nouvelle énergie qui n’avait que le nom de « propre », et la condition de vie d’une femme de militaires, dans ce pays ou ailleurs, la solitude liée aux déménagements successifs édifiant toujours un unique statut. La personnalité de chaque individu participe ensuite à la construction de son quotidien. C’est ainsi que Nat chercha quelques astuces pour s’évader un peu de ces journées monotones à regarder les aiguilles de l’horloge. La construction choisie par Andria Willliams élimine d’entrée un éventuel suspens. La lecture se poursuit d’une part, par la description des conditions de travail et des relations sur le site du réacteur et, d’autre part, en suivant l’adaptation d’une femme isolée dans une société qui semble régie par le conformisme. La part des sentiments et l’aspect psychologique des personnages sont précis et représentent pour moi la part la plus intéressante du roman. J’ai regretté devoir relire des phrases dont le sens ne me paraissait pas limpide ou de constater quelques ambiguïtés dans le déroulement des faits. Sans me laisser un souvenir impérissable, ce roman au rythme un peu lent, a l’intérêt de décrire différents aspects de la vie de familles américaines dans les années 60, autour d’un point sensible, le nucléaire. Cette lecture m’a rappelée le roman de Lucile Bordes « 86, année blanche » sur la catastrophe de Tchernobyl notamment sur la question de la sécurité des centrales nucléaires, encore sujets tabous et polémique à Kiev. L’auteur donne la parole à trois femmes, deux soviétiques et une française, pour raconter les secrets, les risques et les lourdes conséquences de ce désastre sur les vies humaines.
Ce roman est avant tout une fresque historique de l’Egypte des années 1925 à 1952, royauté et pays multiculturel où ses habitants cohabitent en toute fraternité. Tobie Nathan exprime à travers les personnages principaux, l’évolution d’un pays longtemps sous protectorat britannique, régi par le jeune roi Farouk, aux comportements controversés et aux positions ambigües lorsque la guerre éclate en Europe. A travers les parcours et les personnalités d’Esther et Motty, leur fils Zohar et la belle Mesraya sa sœur de lait, ses deux amis Joe et Nino, l’auteur dresse d’une plume élégante les étapes de la transformation de ce pays mythique. L’auteur utilise les caractéristiques de la langue arabe, dans laquelle un simple mot est exprimé par une phrase et où l’incantation d’un dieu ne saurait manquer. Chaque acte de la vie est toujours sous protection d’une quelconque superstition ou sorcellerie. N’est-ce pas grâce à tel recours qu’Esther « l’habitée et possédée » a pu enfin mettre au monde Zohar, enfant juif, fils de Motty « l’aveugle » qui n’arrivait pas après sept années d’un mariage inattendu ? Enfant unique de sang, il deviendra d’abord frère de lait de Mesraya, petite musulmane allaitée par Motty avant qu’un amour interdit ne s’immisce entre eux. En dehors de sa « ruelle des juifs » natale, Zohar gère avec ses deux amis Joe et Nino un commerce prospère dans un quartier bien fréquenté, jusqu’à ce que l’extrémisme religieux rattrape Nino, étudiant en médecine. Peu à peu, la dimension islamique soutenue par Farouk prend de l’ampleur, les frères musulmans grignotent de l’espace, le djihad prospère et l’Egypte est lancée sur la voie des républiques où le communautarisme religieux s’installera et où les droits de l’homme ne seront que vains mots. « Ce pays qui te ressemble » décrit par Tobie Nathan, avant l’indépendance, fortement empreint de traditions et de superstitions, est celui où la pluralité des peuples était une chance. L’accent mis sur les symboles qui tracent les faits et gestes des personnages du roman peut sembler trop fort au point de passer leur personnalité réelle au second plan, créant parfois de la longueur, mais c’est la manière qu’a l’auteur de peindre le tableau du pays qui le passionne. Il commence comme un conte, il se termine en tragédie, c’est un roman envoûtant, d’une belle écriture : à lire absolument.
Le succès du film adapté du roman de Durian Sukegawa, primé à Cannes, ne laisse guère de doute sur la qualité de cette histoire. J’ose ajouter mon humble avis de lectrice à ceux qui l’ont apprécié avant moi, ainsi que des jurés et cinéphiles qui ont plébiscité le film. Effectivement, ce roman, que j’assimilerais à un conte, est un coup de cœur. La douceur ne se trouve pas que dans le titre ; cet état est la résultante d’une philosophie portée par Tokue, une femme qui veut aider Sentaro, trentenaire un peu perdu, à fabriquer le an, une pâte de haricots rouges employée dans la recette des dorayaki. En réalité, bien plus qu’une recette culinaire qu’elle dit avoir réalisée pendant cinquante ans, son passage laissera une autre empreinte. Sentaro et Wakana deviendront les amis de Tokue et découvriront le secret qu’elle porte. Si j’avais rencontré ces trois personnages, représentant de trois générations, Sentaro, Tokue et Wakana, je les aurais aimés pour l’humanité qu’ils diffusent. J’ai partagé la solitude de Sentaro, libéré d’un côté et enchaîné d’un autre par la dette qui le lie à la propriétaire ; j’ai eu envie de protéger la jeune collégienne Wakana isolée parce qu’incomprise et j’ai admiré le courage et la capacité de résilience de Tokue. Douceur et sensualité sont les deux qualificatifs qui me sont restés en refermant le livre, mais après m’être révoltée devant le rejet, avoir côtoyé la souffrance et seulement après avoir ... « écouté la voix des haricots ».
1 heure, à l’hôpital Sainte-Justine, « 27 ans que tu n’as pas vu ma mère », 10 ans, rue Champagneur, « tu déposes furtivement un petit livre dans la boîte à lettres avant de t’éclipser à nouveau. Mais juste avant de disparaître, tu me regardes. Alors, je me promets de te rattraper un jour ». 26 ans, « le train file à Ottawa ... On va aller te voir … Mais je ne sais pas si j’en ai envie. Je ne t’aime pas. » Des repères dans sa mémoire de petite-fille, puis une construction autour des grandes dates, de 1926 à 1965, c’est le résultat des recherches menées par Anaïs Barbeau-Lavalette sur sa grand-mère Suzanne Méloche et l’écriture de ce « livre mémoire ». Suzanne Méloche est une femme libre. Dans le milieu culturel québécois, elle rejoint le mouvement des Automatistes et participe activement à la rédaction du manifeste artistique « Le refus global », publié en 1948. Ce mouvement lutte contre l’ordre établi et le clergé. Elle choisit d’être une femme libre et son engagement devient prioritaire. Elle abandonne ses enfants qui seront placés, quitte son mari, ne se fixe jamais, multiplie les rencontres, … L’histoire complexe de cette femme évoque de nombreux symboles : liberté, engagement, solitude, abandon, souffrance et le douloureux problème de la transmission. En même temps, ce roman offre une source d’informations sur l’histoire du Québec qu’il vaut mieux connaître ou rechercher pour s’imprégner du contexte et tenter de comprendre ce qui a pu orienter le comportement de Suzanne Méloche. Puis, il y a le style employé par Anaïs Barbeau-Lavalette, avec l’emploi constant du « tu » accusateur, qui donne un ton grave et apporte un poids supplémentaire au texte. Quant à la transmission, son fardeau est sans doute à l’origine du roman de sa petite fille qui l’a reçue en héritage, y trouvant tout de même une certaine fierté. « Ton absence fait partie de moi, elle m’a aussi fabriquée. Tu es celle à qui je dois cette eau trouble qui abreuve mes racines, multiples et profondes ... Je suis libre ensemble, moi. » De ce portrait de femme, Suzanne, j’ai essayé d’en comprendre ou de trouver une explication dans ce choix de vie, sa soif de liberté, son envie de défendre la cause féminine, sa recherche d’un bonheur fuyant… mais à aucun moment je n’ai eu d’empathie pour elle. En revanche, j’éprouve de la compassion pour sa descendance. Anaïs Barbeau-Lavalette a entrepris une démarche courageuse, ce roman est touchant et remarquable.
Ella, 24 ans se trouve à la fois confrontée aux affres de la rupture amoureuse et aux difficultés liées à sa première année d’enseignement à Paris où elle vient de s’installer. Ainsi, entre vie privée et vie professionnelle, les difficultés s’accumulent, les solutions sont parfois scabreuses, paumée, elle essaie de faire front en compagnie de Klaus son poisson rouge border line et d’expériences qui fluctuent au fil des rencontres… Comme le titre et la quatrième de couverture le laissent supposer, Sarah Maeght ne se livre pas à un exercice de grande littérature. Cependant, je me suis prise au jeu page après page, de clichés en caricatures, de cette plume débridée qui décrit ni plus ni moins des comportements d’une jeunesse qui se confronte aux sinuosités de la vie et à ceux de gamins de 11 ans qui évoluent pour la plupart, sans s’embarrasser ni de règles ni de conformisme. Sans laisser une marque indélébile, ce roman a le mérite d’apporter une note de fraîcheur et de désinvolture pour une courte évasion.
En partant à 18 ans de Liberty pour New-York, Ruby espère se construire une autre vie que la sienne. A Liberty, rites, envoûtements, démons unissaient leurs pouvoirs pour exploiter la pauvreté, entretenir le ségrégationnisme, imaginer et multiplier les pires sévices. C’est ainsi que Ruby a grandi, et est devenue ce corps sans âme, sans jugement, ce corps sans défense acceptant sans broncher les atrocités les plus immondes des hommes. Mais pourra-t-elle table rase du passé ? Lui sera-t-il possible de se dessiner un avenir sur un autre modèle de vie ? Partir et revenir ? Il m’a fallu beaucoup de temps et de pages avant d’entrer enfin dans ce roman. Le fantastique tient une (trop) large place dans les cent premières pages. Enfin, lorsque l’histoire prend corps, que l’on sent poindre ou que l’on espère un tournant dans la vie de Ruby, tout n’est que violence extrême, avec maints détails plus sordides les uns que les autres, et pourtant, c’est là que la curiosité s’éveille et s’intensifie. Il n’est alors plus question de lâcher le livre, et le lecteur peut enfin espérer que les crissements qui glissent de la plume de Cinthya Bond accoucheront à terme de quelques meilleurs sentiments… D’abord, entre nausée et effroi, c’est finalement la découverte des des Etats-Unis, de 1930 à 73, et le talent d’une vraie écrivaine que je retiendrai de cette lecture. N’allez pas croire tout de même que l’on en ressort indemne.
Une couverture et un titre aussi hasardeux que le pas de danse d’un couple aux cheveux blancs sur un fil tendu au-dessus du vide… une petite histoire légère pour combler un après-midi pluvieux ? J’ai pourtant déjà constaté que juger des apparences est un fâcheux défaut... L’alternance des chapitres consacrés tantôt à Marguerite 78 ans, tantôt à Marcel 73 ans, ne laissent pas beaucoup de suspens sur la suite de l’histoire ; l’auteur a choisi de planter ainsi le décor dans lequel l’âge et l’amour notamment pourraient en être les principaux acteurs. Ce serait sans compter ce qui (ou ceux qui) chaque jour, chaque année modèle(nt) notre comportement, oriente(nt) notre vie, influence(nt) nos décisions, sculpte(nt) notre personnalité. Ce roman ne peut avoir le même écho chez un jeune lecteur ou chez un sexagénaire. Il produira immanquablement chez le second un effet miroir assez émouvant. Avec beaucoup de sensibilité, Karine Lambert fait le tour d’un sujet que la littérature n’aborde guère, soit parce que reconstruire une vie après un veuvage est encore souvent hors des conventions sociales dans le cadre familial ou institutionnel, soit parce cela nécessite plus de volonté que de se laisser aller ou de s’afficher comme une victime de la vie. Un roman sans prétention, loin des clichés, humain.

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