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Fabuleusement beau. Terriblement violent

En quelques lignes, j’étais dans les Cévennes. Avec Gus et Abel. Silencieuse. Projetée au beau milieu d’un hiver rude, qui ne laisse que peu de place à la lumière. Un univers qui m’a rappeléGiono et son « Regain« . Un univers fait de désuétude, de solitude et de cette rudesse dont nous n’avons pas idée.

Je me suis assise sur un banc de pierre, mes doigts jouant avec la fourrure de Mars; regardant défiler la vie de ces deux hommes, vivant dans deux fermes isolées de tout, à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, n’ayant aucun rapport avec le monde extérieur si ce n’est par le biais d’une télé capricieuse.  J’ai marché dans la neige; mes pas faisant crisser cette poudre blanche enveloppant chaque parcelle de terre abrupte. J’ai tendu les mains vers les flammes vacillantes de leurs cheminées; feux pas assez puissants pour réchauffer ni l’atmosphère, ni leurs êtres. J’ai bu leur eau de vie remontée des caves noires et sombres. Et surtout je les ai écoutés, ces deux hommes en marge d’une société qu’ils exècrent, aux conversations aussi percutantes que sincères; découvrant leurs secrets aussi violents que leurs blessures sont profondes. Gus et Abel ne se laissent impressionner par personne, caractères durs aux paroles incisives, mais capables de pleurer devant un faon mort ou leur chien malade. Oui je les ai écoutés, debout dans cette sorte de paradis de sincérité, de simplicité dont la solitaire que je suis se surprend à rêver parfois…

Et la plume de Franck Bouysse…  D’une beauté et d’une délicatesse à couper le souffle. J’ai profité du calme apparent de certains passages pour les relire, tant leur poésie et leur justesse m’ont troublée.

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